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Le bon éclairage est celui qui ne se voit pas

François Gayet, concepteur-lumière, répond à nos questions concernant l’éclairage domestique. Après le travail sur la lumière naturelle effectué par les architectes, les concepteurs-lumière s’occupent aujourd’hui de la lumière artificielle. Depuis l’environnement urbain aux intérieurs des particuliers, entretien avec François Gayet, Concepteur-lumière.

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasComment évaluer la qualité d’un éclairage ?

La perception “c’est beau”, “ce n’est pas beau”, est une démarche valide dans le cadre de la lumière. Le meilleur éclairagiste est celui qui ouvre les yeux. Il n’y a pas de lumière sans perception visuelle, donc tout repose sur cette perception et son interprétation par chaque individu.

La perception et la façon dont la majeure partie des gens perçoit la lumière sont les clefs de notre métier.

[pub]Un cas typique est l’éclairage urbain. En effet, l’important n’est pas d’avoir de forts éclairements mais comment sont perçues les autres personnes dans la ville.

Si on peut identifier les personnes à une distance raisonnable pour mettre en place des stratégies d’évitement, il n’y a pas de problèmes en ville. Mais si on arrive à 10 mètres des personnes et qu’on ne parvient pas à identifier leurs intentions, se crée alors une sensation d’insécurité. La perception est la clef de l’éclairage.

Comment traiter de l’éclairage pour les particuliers ?

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasC’est beaucoup plus difficile car la composante individuelle et subjective est beaucoup plus importante que pour l’éclairage urbain. En domestique, on travaille à chaque fois sur des cas particuliers et on ne peut pas généraliser ou standardiser. Le risque de moins bonne réussite est également beaucoup plus affirmé car il faut personnaliser et individualiser chaque projet. On ne peut pas faire une série d’appartements de la même façon car, dans un espace similaire, il y a des gens qui aiment l’obscurité là où d’autres veulent beaucoup de lumière. Rien que ces deux aspects font différer les projets. En conséquence, si on ne connaît pas très bien l’utilisateur final, on prend le risque que la conception lumière ne convienne pas.

Il n’y a donc pas de lumière universelle ?

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasOn peut parler de lumière universelle quand il s’agit de moyen de s’éclairer mais pas dans le cadre de la réalisation de projets. Car, avec la même source (lampe), on peut faire des choses très différentes. Le problème de la source n’est pas lié à ce qu’on éclaire, il est lié à un problème d’économie (consommation, éblouissement, type d’appareil, encombrement, temps de réallumage, etc.) ; il s’agit de problèmes techniques donc, pas d’éléments de perception.

La lampe de chevet est un bon exemple du problème posé par l’utilisateur individuel. Si la façon habituelle de procéder dans un lit, où on est deux, est que l’un dort pendant que l’autre lit, il faut absolument mettre des liseuses, c’est-à-dire des appareils ou des spots avec un faisceau limité qui ne va pas plus loin que le livre tout en l’éclairant bien, ce que ne fait pas la lampe de chevet. Or, si on utilise la lampe de chevet pour lire, on a évidemment un environnement lumineux beaucoup plus global et relativement gênant pour celui qui dort à côté. De plus, pour qu’il y ait suffisamment de lumière sur le livre, il faut que la lampe de chevet soit placée en hauteur, c’est-à-dire pas sur la table de chevet, là où elle est habituellement. Dans ce cas, le problème est donc une question d’implantation de la source.

Qu’est-ce qu’une lumière douce et une lumière dure ?

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasIl y a deux aspects pour ce qui concerne la lumière dure et la lumière douce. Le premier est le rendu de couleur. Actuellement, on trouve désormais des lampes qui ont un bon rendu de couleur. A ce propos, il ne faut pas éclairer en domestique avec de la lumière colorée car il y a alors un mauvais rendu de couleur, lequel affecte toute la perception et se traduit par un sentiment de lumière très désagréable.

Indépendamment de cet aspect et du type de lampe, qu’elle soit fluo-compacte ou halogène, le problème des lumières crues ou des lumières douces est lié au contraste, c’est-à-dire le rapport de luminence entre la lampe que l’on a dans l’oeil et l’environnement global. Cela arrive souvent dans les restaurants. Si vous avez une lampe dichroïque de 12° qui éclaire votre table et que le plafond est noir, on trouvera que la lumière est crue, qu’elle est blanche et donc désagréable. Non pas parce que la lumière est désagréable, mais parce que le fond est sombre. Dans ce cas, il suffit simplement d’avoir un fond plus luminant. Généralement donc, il faut éviter les contrastes trop prononcés entre la lumière et l’ombre.

Qu’elle est l’importance des implantations ?

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasLes implantations sont très importantes, on l’a vu avec la lampe de chevet. Si on souhaite un éclairage indirect, il faut plutôt des implantations murales, des appliques avec des lampes totalement cachées. Attention, il y a des appliques qui ne sont que décoratives ; il faut donc éviter qu’elles soient très luminantes, c’est-à-dire éviter qu’on voit la source, même avec des lampes à incandescence classique.

Si l’applique ne sert qu’à décorer, il faut donc la choisir avec une lampe très peu luminante. C’est un objet, ce n’est plus un système d’éclairage. La lampe peut être un objet ou un système d’éclairage ou les deux. On peut très bien mettre des appliques dans un séjour qui n’ont qu’une fonction décorative, autant de jour que de nuit. Il faut donc être prudent vis-à-vis de la brillance de ces appliques selon l’usage que l’on en attend.

Avec l’éclairage indirect, on sur-éclaire les plafonds mais ce n’est pas gênant car c’est ce dont on a l’habitude : pendant la journée, la lumière tombe du ciel. La perception normale n’est donc pas gênée par un plafond très clair.

Par contre, s’il s’agit d’éclairage direct très lumineux, le plafond est trop sombre et le contraste ainsi créé donne l’impression que la lumière nous tombe sur la tête. Dans ces cas là, il suffit souvent d’une applique, même décorative, qui rééclaire le plafond pour résoudre le problème. Il ne faut pas hésiter à mettre de l’éclairage indirect sur un plafond sombre, par exemple un plafond en bois vieux, qui ne va pas apporter de contribution à l’éclairage fonctionnel mais rééquilibrer l’ambiance globale.

Au final, il est important de faire la différence entre l’éclairement fonctionnel, qui permet de lire ou manger par exemple et l’éclairement d’ensemble qui va déterminer l’ambiance. Il faut toujours les deux.

L’éclairage par le sol semble très tendance, qu’en pensez-vous ?

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasL’éclairage direct par le sol (encastré ou non) est essentiellement gênant même si on en voit fréquemment, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. En environnement urbain, il est malheureusement très répandu de mettre de l’éclairage encastré sur les trottoirs. Ce qui est catastrophique car les gens ne passent pas sur les trottoirs, ils descendent dans la rue. Tout simplement parce que naturellement l’homme regarde où il marche et avec ces luminaires, souvent très luminant, il est ébloui et ne perçoit plus son environnement ni les intentions des gens qu’il croise car il ne peut plus les identifier.

C’est différent lorsqu’il s’agit de lumière indirecte avec des appliques en bas des murs, très utilisée par exemple en Allemagne. En effet, cette lumière indirecte permet, à l’extérieur notamment, de baliser un itinéraire et de donner des repères pour se déplacer sans capter la perception visuelle haute. Cela offre la possibilité de garder de la nuit dans un cheminement tout en le sécurisant. Dans des zones privées, où on n’a pas de problèmes de rencontres désagréables, ce type d’éclairage convient très bien. Cela convient très bien également selon moi aux lieux publics mais les responsables estiment généralement qu’on n’y voit pas assez clair. Là aussi, il faut que les sources soient bien dissimulées et qu’elles n’éclairent que le sol. Se garder donc d’une trop grande luminosité.

Comment définir un bon éclairage ?

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasLe bon éclairage est celui qui ne se voit pas. Il est difficile de donner une réponse globale concernant les produits car il y en a des quantités et, en même temps, il y en a des quantités qui ne vous conviennent pas. Ne conviennent pas par exemple tous les produits où les sources sont apparentes comme par exemple une quantité de petits spots dichroïques où la lampe n’est pas dissimulée. Même chose pour les systèmes sur filin qui ne sont une bonne solution que dans les lieux adaptés. Il n’y a pas de réponse universelle. Il suffit d’ouvrir les yeux et on voit très bien si le produit est éblouissant ou pas. Il ne faut donc pas s’arrêter au design, il faut les voir en fonctionnement.

Quelles sont les innovations techniques attendues par les concepteurs-lumière à destination des particuliers ?

Le bon éclairage est celui qui ne se voit pasLa fibre optique est une véritable avancée. En décoration par exemple, elle offre bien plus de souplesse que le néon. Avec la fibre optique, chacun peut écrire ce qu’il veut dans la couleur qui lui plaît. Il y a encore peu de fibre optique pour les particuliers car c’est encore un produit coûteux mais on peut faire des choses merveilleuses, tel par exemple un rideau éclairant en fibre optique ; vous ne voyez pas la source, vous ne voyez pas le générateur. Si on veut faire des choses décoratives, éclairantes et un peu high tech, la fibre optique est l’idéal.

Il y a deux types de fibre optique : Il y a les fibres optiques conductrices, c’est-à-dire qui servent à éclairer en bout de fibre. Elles permettent d’éclairer dans des endroits où on ne peut pas mettre de luminaire, par exemple pour éclairer de petites vitrines dans les musées ou pour éclairer de petites choses, même à l’extérieur. Deuxième type de fibre optique : la fibre est traitée pour que la lumière soit arrêtée en route c’est-à-dire que la fibre est éclairante tout du long. C’est avec ce type de fibres qu’on peut faire des écritures, des inscriptions, des dessins et de la décoration.

L’électricien est-il un bon conseil pour la conception-lumière ?

Les électriciens savent tout installer. Mais il faut se garder de demander à l’électricien, qui n’est pas un concepteur lumière, de faire le projet. Les concepteurs-lumière existent depuis des siècles, il y en avait déjà sous Louis XIV, les électriciens depuis 100 ans à peine. On n’a pas eu besoin d’électricité pour faire de la lumière. Par contre, tous les électriciens sauront installer les produits demandés, y compris la fibre optique.

Propos recueillis par Christophe Leray

Contact : frangayet@aol.com

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