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Maîtrise de l’énergie : «Ce sont les mentalités qu’il faut changer»

Ingénieur basé dans la Drôme et spécialisé dans l’énergétique du bâtiment et plus particulièrement le recours aux énergies renouvelables, Olivier Sidler fait le point sur les grandes tendances de la maîtrise de l’énergie. Selon lui, il reste encore beaucoup de travail avant d’atteindre les objectifs affichés officiellement. Entretien.

Travaux.com : Pour vous, quel serait le bâtiment le plus respectueux de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ?

Maîtrise de l’énergie : «Ce sont les mentalités qu’il faut changer»Olivier Sidler : C’est un bâtiment forcément très isolé (du point de vue thermique), et dont les équipements sont très performants. Il faut de toute façon tôt ou tard assigner cet objectif que nous devons accomplir dans le cadre à la Réglementation Thermique des constructions neuves, mais aussi et surtout à l’ensemble des bâtiments existants car on doit diviser par quatre notre consommation en énergie pour la chaleur si l’on veut espérer échapper au changement climatique. En effet, nous devons descendre notre consommation à 50 kWh/m².an. Aujourd’hui, le parc immobilier des logements consomme 216 kWh/m².an impose de descendre à environ 90 kWh/m².an.

Pour comparaison, notre consommation en 1975 était de 325 kWh/m².an. Nous réduisons donc notre consommation énergétique progressivement mais il y a encore du travail : tout le parc immobilier est à transformer pour atteindre ces objectifs. Sinon, nous allons droit dans le mur. Pour cela il faudra aller encore plus loin en matière d’isolant et de vitrage. En Allemagne, l’isolation thermique a permis de descendre la consommation d’énergie des habitations labellisées «Passivhaus» à 15 kWh/m².an. Il s’agit donc d’une réalité en Allemagne, et d’un objectif à atteindre en France.

[pub]Une fois très bien isolée, la maison la plus écologique doit songer à son système de chauffage. Celui qui est le plus neutre du point de vue environnementale est le chauffage au bois. C’est de l’énergie solaire qui a été transformée en matière végétale grâce à la photosynthèse. Elle est très intéressante car quand le bois brûle, il s’oxyde et il libère du gaz carbonique. Ce gaz est toutefois réabsorbé lors de la croissance de l’arbre. Il se crée donc un cycle fermé qui se reproduire éternellement. Il s’agit donc bien d’une énergie renouvelable. Ma propre maison fonctionne sur ce principe : elle est très isolée et comporte une grande véranda solaire pour capter le plus d’ensoleillement possible durant l’hiver, et elle est dotée d’une chaudière turbo bois à haut rendement. En intersaison j’utilise du propane en appoint. Ma consommation de propane pour le chauffage et l’eau chaude est de 20 kWh/m².an. C’est bien la preuve que les objectifs à atteindre sont parfaitement réalisables.

L’économie d’énergie vient-elle seulement des méthodes de construction ?

L’équipement de la maison joue bien évidemment un rôle important : ils doivent être de type basse consommation. Il existe depuis 1995 une étiquette énergie qui classifie de A (les meilleurs) à G (les moins bons) la qualité énergétique des appareils électroménagers. Chacun sait maintenant très bien ce qu’il achète.

De même, il est possible de réduire les consommations en électricité pour la vie de tous les jours. Les veilles de téléviseurs ou de magnétoscopes par exemple ou encore les écrans d’ordinateurs n’ont pas besoin d’être allumés tout le temps. Il est possible de les éviter en utilisant des prises multiples munies d’interrupteurs ou en mettant en place des inters sur les prises de courant.

Qu’en est-il des applications concrètes sur le terrain ? Particuliers et professionnels sont-ils ouverts totalement à la bioconstruction ou à la démarche Haute Qualité Environnementale (HQE)?

D’après les sondages effectués par l’Agence pour le développement et la maîtrise de l’énergie (1) (ADEME), les particuliers sont favorables à cette évolution. Pour le milieu professionnel par contre, le seul but est de construire sans trop changer ses habitudes et les professionnels ne souhaitent donc pas s’engager. Cette logique est suicidaire et les choses ont peu changé même si la demande existe. Le milieu reste assez conservateur en la matière.

Le problème à mes yeux est qu’il existe un déficit colossal et qu’il existe assez peu architectes réellement concernés par la maîtrise de l’énergie. De même qu’il existe un vrai déficit pour trouver un bon énergéticien en France. C’est assez décourageant, car tout le monde dit que nous devons réduire notre consommation et les choses n’évoluent que doucement. Des efforts ont été faits, généralement de façon indépendante (associations, éditeurs) pour répertorier les professionnels aptes à s’investir dans une construction écologique : citons les annuaires spécialisés comme celui publié par les éditions Terre Vivante (2) ou encore celui des Editions du Fraysse (3).

Maîtrise de l’énergie : «Ce sont les mentalités qu’il faut changer»Selon vous, quelles sont les actions à mener pour changer les mentalités ?

Concernant les matériaux, il faudrait que les constructeurs s’investissent dans la recherche et mettent sur le marché des produits nouveaux. Deux axes paraissent essentiels dans le résultat final : les fenêtres avec triple vitrage, et les systèmes de ventilation double flux avec échangeur adaptés à la rénovation. Ces produits existent en Allemagne, mais pas en France.

L’obstacle actuel à l’importation de ces produits est leur prix en Allemagne : les fenêtres triple vitrage coûtent 80% plus chères que des fenêtres courantes, ce qui est exorbitant. L’alternative serait de pouvoir l’adapter aux menuiseries en bois ou en PVC qui ont actuellement cours chez nous. Les performances seraient moindres que celles d’outre-Rhin mais meilleures que celles d’aujourd’hui.

Plus que des matériaux ou des produits, ce sont les mentalités qu’il faut changer. Y compris parmi les particuliers. C’est comme posséder un 4×4. Il rejette deux fois plus de carbone par kilomètre qu’une voiture moyenne et près de quatre fois plus qu’une voiture économe, mais quelle est son utilité ? Il faut comprendre que consommateur ne veut pas dire gaspilleur. Si tout le monde mettait en place des mesures de restriction que l’on pourrait assimiler à de la sobriété énergétique, comme supprimer son 4×4 ou ses vacances aux Caraïbes (en avion), on réduirait immédiatement d’environ 30% notre consommation énergétique.

Où en est selon vous la démarche HQE ?

La HQE est pleine de bon sens mais elle me rend perplexe. Elle se borne à n’être qu’une démarche de conception, mais sans obligation de résultat. Je suis plutôt partisan d’une réalisation avec des objectifs précis. L’écueil numéro un est qu’elle ne prend pas en compte le changement climatique, qui conditionne pourtant toutes les autres étapes de la construction. Sinon, elle imposerait des réductions drastiques de toutes les consommations d’énergie, ce qu’elle ne fait pas puisqu’elle se contente de satisfaire la RT2000, au mieux en exigeant 10 % de moins. Au final, je crains qu’elle ne soit considérée que comme une opportunité pour les architectes, voire un effet de mode.

Propos recueillis par Christophe Leray

(1) Selon une étude de l’institut Louis Harris, commandée par l’ADEME et rendue publique en juin 2004, 98% des personnes interrogées plébiscitent le développement des énergies renouvelables. Pour 80% d’entres-elles, il s’agit d’énergies de l’avenir.

(2) ‘l’Annuaire national de l’habitat écologique’, éditions Terre vivante, ouvrage collectif, broché, 20 euros. Pour le commander, cliquez ici.

(3) ‘le Guide de l’habitat écologique’, Editions du Fraysse, P. Lécuyer, F. Desombre, L. Leclerc, 1.344 pages, 18 euros. Pour le commander, cliquez ici.

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