Accueil > Travaux > Bureaux - Commerces > L’esprit nomade s’affirme dans l’aménagement de bureaux

L’esprit nomade s’affirme dans l’aménagement de bureaux

Jacques Simonian est PDG de Tertiam, une société spécialisée dans l’aménagement de bureaux à Paris. Selon lui, au lieu de se focaliser uniquement sur le poste de travail, il convient de se pencher d’abord sur les fonctionnalités intrinsèques d’un espace.

Mr SimonianL’aménagement, luxe ou besoin de performance?

Le besoin initial de l’entreprise s’exprime souvent ainsi : “mon bureau est un outil de production”, “ma boutique est un outil de vente”. Notre métier suppose une bonne compréhension de ce besoin. Le client parfois l’exprimant mal ou imparfaitement . En effet, exprimer un besoin- généralement une nouvelle organisation de son entreprise – avec les bons termes à un professionnel du bâtiment reste souvent difficile.

Notre travail est de comprendre ces désirs et de les retraduire avec les outils et les moyens les mieux adaptés. A savoir des bureaux intelligents, qui fonctionnent et surtout qui sont rentables pour l’entreprise. Si, parce que deux personnes de l’entreprise doivent se rencontrer 15 fois par jour, l’aménagement propose une meilleure façon de travailler en équipe, alors, oui ! Il sert vraiment la performance.

[pub]La décoration, l’ergonomie, l’ambiance, l’image sont au cœur même du projet. Par exemple, des entreprises peuvent être rebutées parce que des bureaux sont trop beaux : elles ne veulent pas donner le sentiment de “faire payer trop cher” leurs produits ou services. C’est en optimisant toutes les ressources d’un bâtiment et en poursuivant la pertinence et la cohérence voulues par les architectes de la construction que l’on va rendre le bâtiment “intelligent” et proposer des prestations de qualité à des coûts non prohibitifs.

Hall Intl. Capital Gestion et BourseEst-ce la même logique pour une boutique?

Tout à fait. Une boutique est faite pour donner la volonté de vendre aux clients mais aussi de vendre l’image que l’on souhaite. On ne veut pas confondre l’image de BENETTON et celle de TATI. Le parquet va donner une impression de luxe que ne donnera pas du lino par exemple. Mais le lino est adapté pour d’autres magasins. Si vous vendez des produits bon marché, un parquet peut sembler inadapté.

Une grande surface a tenté il y a trois ans de rendre son magasin plus convivial avec des résultats ambivalents. Les clients trouvaient cela très bien, plus aéré, plus vivant, mais ils étaient aussi persuadés que les prix y étaient plus chers. Mettre un faux-plafond dans ces grands hangars que sont les grandes surfaces ne coûte rien par rapport à l’investissement au m² global. Si ce n’est pas fait, c’est un choix délibéré.

Est-il plus difficile de travailler dans l’ancien que le neuf?

J’ai plus souvent rencontré des gens qui n’ont pas compris un bâtiment et qui l’ont mal exploité que des bâtiments mal construits ou mal conçus. Il faut savoir lire un bâtiment car les gens qui l’ont édifié, avec parfois des années d’écart, ont réfléchi. Ne reste souvent plus qu’à faire le complément de ce dont on a besoin.
Par exemple les bâtiments de style haussmannien ont souvent des parquets abîmés mais dans ce contexte et compte tenu du prestige associé à ce type de construction, cela n’est pas gênant.

La réflexion doit s’articuler autour du poste de travail et de son environnement qui inclut les fluides, la lumière, l’énergie et de l’adéquation de ce poste de travail avec les structures de l’immeuble. Il faut donc savoir réinvestir le cadre existant, qu’il soit neuf ou ancien.

Salle de RL’aménagement au service de la performance est une idée récente?

Après guerre et pendant 15 ans, on a reconstruit la France comme on a pu puis on s’est soucié de l’aménagement. A l’époque, le monde de l’entreprise et des commerces était très conventionnel. On faisait dans les boutiques de l’échantillonnage et des rayons, on construisait des cloisons en dur pour les bureaux. La Défense à Paris a 30 ans et la motivation, au-delà de créer un petit Manhattan, était de créer de véritables outils pour l’entreprise.

Auparavant, toutes les banques, les assurances, les entreprises du tertiaire étaient dans des bâtiments haussmanniens qui n’avaient jamais été conçus pour devenir des bureaux. L’architecture commerciale telle qu’on l’entend aujourd’hui, est aussi quelque chose d’assez récent, une quinzaine d’années tout au plus, de même que la notion de chaînes ou de grande distribution par exemple. L’aménagement s’est développé parallèlement au développement du service tertiaire. Quand le bureau est devenu un outil de production, on s’est soucié de l’aménager.

Awon SiLe cloisonnement a-t-il vécu?

Le cloisonnement était la norme en France, alors que depuis des dizaines d’années déjà, l’aménagement paysager se développait dans les pays anglo-saxon. Ce n’était pas seulement qu’une question du retard des Français mais plutôt une conséquence due à la tradition de nos constructions. Les techniques d’architecture sont lourdes à modifier. Il y avait aussi un problème d’urbanisme.

Il y a eu une ruée pour l’aménagement paysager sous l’influence des sociétés américaines qui sont venues s’installer en France. Le développement des sociétés d’informatique qui ont souvent une culture américaine et celui des sociétés de service françaises qui travaillaient à l’International a permis de découvrir de nouvelles façons d’aménager. Mais, ce qui est possible pour une grande société d’assurance ne l’est pas du tout pour une micro-société informatique.

Dans ce domaine, ce sont donc les grosses sociétés du tertiaire qui font les tendances. En partie parce qu’elles disposent de postes (services généraux, finances, commercial, ressources humaines, communication, gestion, etc.) qui sont chargés de l’optimisation de leurs services. Ceux-là apportent donc une véritable réflexion. De plus, les grandes entreprises sont de gros clients des constructeurs de mobilier – pour la plupart anglo-saxons eux aussi – qui se sont adaptés à la tendance et qui ont développé de plus en plus de produits allant dans ce sens. Les investisseurs et les commercialisateurs étrangers ont eu beaucoup d’influence. Résultat ? On s’est mis à construire de plus en plus de grands bureaux paysagers totalement décloisonnés.

Et là, on a fait une grosse erreur ! Parce que les grands plateaux ouverts ne correspondaient pas à la culture française. La France est très forte de ses codes (code civil, code pénal, code du travail, etc.) qui sont nos références quand les anglo-saxons ont une culture de contrat. Les pratiques d’aménagement se réfèrent donc aux cultures respectives.

AperCette erreur a t-elle perduré ?

Aujourd’hui, très souvent dès qu’on aménage 40 000 m², soit pour 2000 à 2500 personnes, on fait une salle de gymnastique, ce qui de mon point de vue mérite réflexion. Les motivations sont faciles à comprendre. Si les cadres et le personnel de la société ont un tel espace de détente disponible entre midi et 14h, ça leur évitera de partir du bureau à 17h, sans compter que grâce à la gymnastique, ils sont moins malades, etc.

Or, il y a des bâtiments où ça marche et d’autres où ça ne marche pas du tout. On s’aperçoit que cela fonctionne beaucoup moins bien lorsqu’il n’y a qu’une seule et même entreprise dans le bâtiment. En effet, il n’est pas très facile de se ” dénuder ” et de jouer avec des gens avec qui on travaille tous les jours, à fortiori quand il y a des rapports hiérarchiques. L’américain à moins cette pudeur là.

En France, on parle encore de ” son ” bureau, ” son ” secteur. Il y a une protection du bureau individuel et cette volonté affichée de ” faire tomber les murs ” en expliquant aux salariés ” vous allez travailler dans la même salle que votre subalterne ” n’est pas très bien perçue.

De plus, on a encore la culture du secret et donc on aime bien que tout soit compartimenté et bien séparé. Le bureau individuel reste un signe de pouvoir, un facteur de différenciation sociale qu’il est difficile de supprimer. D’autant que, pour ce qui me concerne, je ne suis pas du tout convaincu de l’efficacité de gens qui travaillent à quarante dans une même salle.

L’influence des start-up a-t-elle été prépondérante?

A mon sens, l’influence des start-up est un feu de paille. On joue au basket dans l’entreprise, on fait nos bureaux dans un ancien théâtre, on installe un jacuzzi au milieu du bureau pour que les gens se détendent. Quelles sont les bases culturelles de l’entreprise?

Ce n’était que de l’image et l’aménagement faisait partie de cette image. Une partie des fonds levés servaient d’ailleurs à faire de l’aménagement. Or l’image d’une société n’a pas de sens hors du cadre économique de cette société. On peut créer une bonne ambiance de travail mais le travail n’est pas un jeu. L’aménagement est un complément essentiel mais un bel emballage ne fait pas un bon produit. La véritable évolution est que l’homme est de plus en plus impliqué dans l’aménagement de son cadre de travail.

En revanche, les 35 heures ont fait beaucoup plus pour l’aménagement. Il est clair que le cadre qui passe 10 heures au bureau ne travaille pas dix heures en réalité. Il a besoin d’un cadre social où il peut discuter avec ses collaborateurs ou ses fournisseurs. Le temps et l’organisation de travail se rediscutent de façon différente et cela affecte indéniablement l’aménagement. En ce moment par exemple, on fait tout un tas de petites salles ouvertes pour des réunions informelles en restant dans le contexte auditif du lieu de travail.

La loi Evin et ses espaces fumeurs avait également généré de vraies discussions d’entreprise. Comment traite-on ce problème là? Comment fait-on pour que celui qui ne fume pas ne soit pas considéré comme un “mauvais coucheur ” ? Comment concilie t-on les notions de santé, de liberté et de tolérance au sein de l’entreprise ? On s’est aperçu que les petits locaux destinés aux fumeurs n’étaient pas la meilleure solution. Exigus, mal aérés, nauséabonds, ils ne remplissaient plus leurs rôles. La discussion a permis une recomposition des équipes non plus seulement par fonction mais par affinités.

L'amL’aspect sécuritaire s’est-il imposé en aménagement?

L’aspect sécuritaire n’est pas prégnant, sauf peut-être pour les banques et les assurances. C’est aussi parce que les immeubles neufs intègrent déjà cette notion. Tout ce qui touche au contrôle d’accès et à la surveillance est traité directement lors de la construction ou par les services de sécurité de la tour et sont alors pris en charge par le bailleur ou le gestionnaire.

Par conséquent, l’aménageur n’y est pas directement confronté. Par contre , il va prêter attention à la sécurité dite légère – vols de portefeuilles dans les vestiaires par exemple. Il y toujours une ou deux armoires blindées pour les carnets de chèques, les espèces mais rien de vraiment particulier sauf demande expresse du client.

Le principal problème se pose souvent en ces termes : ” Qui éteint la lumière ? Qui ferme à clef ? Qui met l’alarme? ” Le dernier qui part? Mais qui est le dernier à partir quand il y a 300 personnes qui travaillent et quatre sorties ? Le dernier qui part doit-il faire le tour de tous les locaux?

Là encore, entre la nécessaire sécurité et les économies de consommation d’énergies, il y a souvent de vrais problèmes à résoudre. La dernière personne qui part est-elle bien celle à qui vous voulez donner les codes de l’alarme? Si on les confie à tout le monde, il y aura bientôt deux ou trois mille personnes qui les connaîtront. Sans compter que la dernière personne est finalement souvent celle chargée de l’entretien ou du ménage.

Ces questions seront donc l’objet d’une discussion entre l’aménageur et son interlocuteur direct : le responsable des services généraux.

Quelles sont les principales tendances de l’aménagement?

Place au mouvement, à la fluidité, à la réactivité et à la transparence… Le tout en conjuguant travail et détente. Mieux travailler ensemble semble être le leitmotiv de ces prochaines années.

Sur le plan des tendance design, cela se traduit par l’utilisation de bois exotiques, la rondeurs des formes et la douceur des espaces de travail (pas d’angles vifs, pas d’arêtes), des teintes chaudes, des verres travaillées (sablés, poncés) , tout ce qui peut exalter les vertus de la convivialité. L’objectif pour le responsable des services généraux est d’apporter bien-être, l’ergonomie et la liberté pour favoriser l’esprit créatif ou productif.

Christophe Leray

En savoir plus: www.tertiam.fr

Poster un commentaire

Une question ? Une réaction à cet article ? N'hésitez pas à laisser votre message ci-dessous:

Champs obligatoire

Vous êtes un professionnel

Opportunités de chantiers à saisir !

Être rappelé pour en profiter

Articles récents


Newsletter

Votre demande d'inscription a bien été prise en compte.

Professionnels du bâtiment

Nous avons des opportunités de chantiers pour vous !

Remplissez rapidement votre carnet de commandes avec des chantiers qui vous rapportent !

En savoir plus