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Extension de maison : Rupture ou continuité ?

Votre projet d’extension de maison doit-il suivre le modèle de l’existant ou proposer une alternative architecturale différente ? Jacques Repiquet, architecte et auteur de l’ouvrage « Extension de maison de ville et de banlieue » revient pour Travaux.com sur les points essentiels pour faire le choix de son style d’extension. Interview.

Travaux.com : Quelles sont les bonnes questions à se poser avant de choisir le style de son extension de maison?

Plan d'une extension de maison

Plan d’une extension de maison

Jacques Repiquet : Quel est le caractère de la maison ? Comment la compléter, la continuer ? Cela ne se pose pas, en premier lieu au moins, en terme de “style” mais plus globalement d’implantation, d’articulation, d’accès, de relation entre les volumes, de rythme d’ouvertures et d’aspect de l’ensemble. En un mot, quel sens prendra le résultat final de mon extension? Tout dépend d’abord de la qualité que l’on reconnaît à la construction existante, de l’estime qu’on lui porte, en quelque sorte, et aussi de sa capacité à admettre l’extension ou même toute autre évolution. Autrement dit, observer avec attention l’existant pour en comprendre le caractère et le confronter au programme du projet : quel espace pour qui et pour quel usage, et quelle forme lui donner ? Une réponse correcte à ces questions de base exige la plus complète prise en compte de l’existant. Certains édifices se présentent comme des objets finis, d’autres au contraire s’ouvrent à un complément.

Travaux.com : Suis-je absolument libre dans le choix du style de mon extension de maison? Que dit le cadre légal qui régit la construction d’extension?

Extension de maison ©Sébastien MALGRAS Architecte

Extension de maison ©Sébastien MALGRAS Architecte

Jacques Repiquet : La plupart des documents d’urbanisme, des PLU et des POS locaux, permettent toutes sortes de solutions architecturales, il faut les lire avec attention. Les règles aberrantes qui prescrivaient des détails d’architecture empruntés à une soi-disant “tradition locale”, tendent à disparaître. Généralement, une architecture sobre et discrète, qu’elle se réfère au “style régional” ou à l’architecture contemporaine sera acceptée sans problème si elle respecte les règles objectives de gabarit, de hauteur, de recul etc.

Travaux.com : Quels conseils donneriez-vous à des particuliers ayant choisi d’opter pour une extension en rupture avec l’existant? Et pour ceux qui souhaitent rester dans le même style?

Extension de maison bois

Extension de maison bois

Jacques Repiquet : Rupture ou continuité, une extension de maison doit tenir compte de l’ensemble. Certaines formes d’extension modifieront profondément l’usage de la parcelle. L’implantation d’un côté ou de l’autre aura d’importantes conséquences sur la relation à la rue, aux voisins… L’extension de maison permet souvent de définir une nouvelle qualité d’espace extérieur en délimitant une cour, un patio ou un jardin clos. Elle produit aussi une nouvelle relation entre le dedans et le dehors et offre parfois l’accès direct qui manquait, par exemple en abritant de nouvelles pièces à rez de jardin. Terrasse ou véranda, l’extension consiste souvent à ménager une nouvelle transition avec le jardin, plus en rapport avec notre mode de vie que le “splendide isolement” des pavillons anciens.

Travaux.com : En termes de “rupture architecturale”, quelles sont les associations de matériaux qui fonctionnent, tant sur le plan esthétique que sur le plan de l’obtention des permis de construire?

[pub] Jacques Repiquet : La rupture radicale avec une construction traditionnelle est généralement consommée au moyen des lignes nettes de volumes simples à toit plat, parois de verre encadrées de métal mince, s’opposant violemment aux formes rustiques des toits de tuiles couvrant des maçonneries massives peu ouvertes, de constructions dominées par la pierre, la terre cuite et le bois. Mais des relations plus subtiles sont souvent plus intéressantes et plus fructueuses que la rupture ! Plutôt que l’opposition pure et simple des registres de matériaux, il est parfois possible d’entremêler étroitement les matières et les couleurs en respectant l’identité propre de l’ancien et du nouveau, d’user aussi de bois et de pierre dans l’extension, sans pour autant recourir au plagiat. Les instructeurs de demandes de permis seront à l’évidence moins effarouchés par cette dernière attitude.

Travaux.com : Au niveau des normes, une extension est-elle considérée comme du neuf, et à ce titre se doit elle de respecter les nouvelles règlementations (RT 2012, etc.), et donc d’être plus performante que l’existant?

Extension de maison ©Groupe Eyrolles

Extension de maison ©Groupe Eyrolles

Jacques Repiquet : Quoique la RT 2012 entre en vigueur dès le mois prochain, les modalités exactes d’application ne sont pas encore claires. On devrait en savoir d’avantage dans les jours qui viennent. Sauf cas particuliers touchant à la sécurité comme les ascenseurs, par exemple, la mise aux normes est rarement obligatoire pour les constructions existantes non modifiées et strictement imposée pour les constructions neuves. De ce point de vue, une extension de maison sera considérée comme une construction neuve, mais c’est aussi le cas pour une réhabilitation complète de l’existant. La RT 2005, actuellement en vigueur s’impose élément par élément : une fenêtre changée ou un nouveau mur doivent s’y conformer.

Travaux.com : Point de vue finance, laquelle de ces deux approches (même style ou rupture) est la plus économique? Existe-t-il une approche plus rentable qu’une autre?

Maison ©Lasalle Arfaoui

Maison ©Lasalle Arfaoui

Jacques Repiquet : S’il s’agit d’agrandir une maison ancienne en ayant recours aux techniques et aux matériaux traditionnels de bonne qualité, le coût sera bien sûr plus élevé que celui d’une construction courante. Quant au plagiat, en plus de la fourberie intellectuelle, le faux vieux coûtera toujours plus cher que l’architecture simple et contemporaine. Pour une maison neo-régionaliste, une extension homogène, dans le même “style”, pourra sembler moins coûteuse, compte-tenu des savoir-faire les plus répandus, mais au détriment de la qualité architecturale.

“Extensions de maisons de ville et de banlieue”de Jacques Repiquet, éditions Eyrolles

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