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Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammes

Le béton, même dans son aspect brut, retrouve auprès du public des lettres d’une noblesse insoupçonnée. De la cuisine à la salle de bains en passant par le salon et le mobilier, le béton se prête désormais à toutes les audaces. Un matériau à redécouvrir.

Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammesLogiquement, après un retour de plus en plus affirmé au minimalisme, les ambiances intérieures minérales font leur (ré)apparition. Et c’est, surprise, le matériau le plus singulier qui en profite : le béton. Pour s’en convaincre, prenons pour seul exemple le fait qu’existe aujourd’hui des “menuisiers béton”; un néologisme qui en dit long sur l’incroyable série d’innovations et d’interprétations à laquelle ce matériau s’est prêté.

Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammesConcernant les innovations, il est difficile de les citer toutes. Dans le domaine de la construction, sont ainsi apparus d’abord le béton auto plaçant, puis le béton autonettoyant et bientôt dépolluant (si, si). Par ailleurs, le béton haute performance, qui fut par exemple utilisé lors de la construction du Viaduc de Millau, est quatre fois plus résistant qu’un béton classique alors même qu’un béton Ultra haute performance fut utilisé pour la construction d’une passerelle à Séoul de 120m de portée. Ces innovations accompagnent des découvertes permettant de jouer sur son aspect extérieur, des enduits colorés jusqu’au béton architectonique pouvant être “chiffonné” en façade. L’objet de ce préambule est de vous prévenir que ce qui est aujourd’hui possible sur des bâtiments de prestige le sera bientôt pour la construction de votre propre maison.

[pub]Mais si nous parlons d’interprétation, et si le béton est en train de conquérir les intérieurs sous l’angle de la décoration, c’est bien parce que quelques artistes/artisans ont mené, en solitaire et portés par la passion, leur propres expériences et sont parvenu à anoblir, par leur talent, un matériau pourtant largement déconsidéré depuis la construction des grandes barres qui ont défiguré les villes françaises. L’expression “bétonner les côtes” n’est-elle pas ainsi passée dans le langage courant ? Ce sont eux qui ont largement inspiré la mode actuelle et, à ce titre, inspiré d’autres industriels pour créer de nouveaux produits offrant l’aspect du béton sans la difficulté de sa mise en œuvre.

Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammesParmi ces pionniers, l’un des plus importants est sans conteste Francesco Passaniti, dont l’œuvre – si elle est aujourd’hui exposée – a permis de défricher un terrain totalement inconnu. Certes au début du XXème siècle de grands architectes, Auguste Perret notamment, avaient utilisé le béton à fins décoratives mais dans des œuvres monumentales. L’intuition de Francesco Passaniti, au départ maçon de son état, fut de comprendre que le matériau autorisait toutes les audaces et de se souvenir que du mobilier de jardin, des lavoirs notamment, existait avant guère. “Le béton est un matériau polymorphe, fabuleux”, dit-il. Il s’est donc dans son atelier parisien attaché à concevoir des sols, des vasques, des plans de travail en béton tout en travaillant sur ses propriétés : coloration, hydrofugation (imperméabilité), cire, finitions, etc. Quinze ans plus tard, l’objet de sa passion rentre dans les mœurs.

Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammesLa démarche, plus récente – mais depuis 1999 quand même, soit bien avant la tendance actuelle – de l’architecte Nelly Guyot en Haute-Savoie est similaire dans le sens où c’est en travaillant dans son coin qu’elle est parvenue à son tour à créer d’étonnants meubles et éléments en béton qui connaissent, de même que les créations de Francesco Passaniti, un vrai succès depuis quelques années.

Cet engouement ne doit pourtant pas cacher la réalité du matériau. Si le béton lui-même est peu onéreux, la création des moules, son traitement, la finition représentent beaucoup de travail. “Les gens ne voient pas le moule, ne se rendent pas compte du temps passé à travailler les arêtes, poncer, cirer. Si on veut un beau béton, il faut maîtriser beaucoup de choses et, à la fin, cela revient cher”, explique le premier. “Si les clients en aiment l’esprit, ils ne sont pas prêts à payer le béton au prix du marbre”, avertit la seconde. L’un et l’autre rappelant que le béton “a ses règles” et que n’est pas “décorateur béton” qui veut tant jamais peut-être la réunion des mots ‘artiste’ et ‘artisan’ ne fut plus pertinente.

Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammesDe plus, ils mettent en garde les clients tentés par les belles photos des magazines. “On ne maîtrise jamais parfaitement le résultat final”, disent-ils. En clair, la photo d’un magazine de décoration ne montre pas la fissure dans le sol, ou les bulles ou les défauts. “Non seulement la passion est indispensable mais il n’y a pas de perfection”, explique Francesco Passaniti. “Avec certains bétons cirés, si on coupe une tomate dessus, la cire est attaquée et il y aura bientôt une auréole ; il faut le savoir”, explique Nelly Guyot.

Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammesC’est pour ces raisons que des petits industriels ont depuis conçu dans leurs ateliers des panneaux plaqués de béton, qui offrent une finition prévisible, sont légers et plus faciles à mettre en œuvre. On peut au moins en citer trois. Le Roxipan, dont Francesco Passaniti fut d’ailleurs à l’origine de la conception mais finalement créé par un ancien menuisier, consiste en des panneaux en bois plaqués en béton grâce, pour simplifier, à une couche de micro béton de résine. (Pour en savoir plus sur ce produit, cliquez ici). Le Stac, fut conçu lui par un industriel spécialisé dans la transformation des mousses polyuréthanes, et utilise une formulation composée à 80% de ciment béton, le reste étant un support en bois (lire notre article ‘Le STAC : un béton beau comme une laque chinoise‘). Plus récemment (il a été commercialisé en 2004 seulement), le béton léger de La Compagnie des Arts, inventé par Jean-Michel Ducancelle, un ancien architecte naval, est le détournement de la technique dite en “coque de bateau”, c’est-à-dire composée en sandwich avec une ‘âme’ en mousse enrobée de béton, le tout résiné pour augmenter la résistance.

Ciré, satiné, lissé, brut, etc., le béton décoratif fait ses gammes“On imite désormais le matériau brut”, relève Nelly Guyot. La preuve sans doute qu’il y a désormais un véritable marché de la décoration en béton, pour les vrais amoureux de la texture du matériau, ou en imitation béton pour ceux que seul l’aspect intéresse. Bref, le béton pour tous.

Christophe Leray

Pour consulter l’album-photo de réalisations de béton en décoration intérieure, cliquez ici.

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