De l’hygiène au bien-être, la salle de bains se transforme
Du lavabo ‘mou’ au recyclage de l’eau, la salle de bains est en pleine mutation. Libérée des contraintes morales, transformée par les plus grands designers, adaptable aux désirs de bien-être des particuliers, la salle d’eau est désormais ouverte à l’imagination.
La salle de bains devient-elle une pièce comme les autres ? Le diagnostic de Jean-Pol Piron, créateur d’Aquamass, cité par le magazine Salon Maison et Objet, semble le laisser penser. “La salle de bains est la dernière pièce de la maison à ne pas avoir été aménagée. Avant, la salle de bains était la pièce cachée de la maison. Aujourd’hui, elle s’ouvre progressivement sur la chambre. On va avoir une salle de bains de plus en plus complète, comme les cuisines sont devenues ‘équipées’ à la fin des années 70″, dit-il.
D’un côté, cette pièce continue encore d’assumer son rôle d’endroit refuge, “de reconstruction de soi” (phénomène accentué depuis les années 90 par le retour du cocooning) et à ce titre elle devient plus chaleureuse, colorée, moins clinique. De l’autre, elle tend effectivement à s’ouvrir vers le reste de la maison ou de l’appartement, à devenir une pièce à vivre et donc à décorer.
“On ne peut plus parler de tendance pour la salle de bains car on est passé de l’hygiène au bien-être”, explique Mme Desplats-Redier, responsable de la communication de la Fédération Française des Industries de la Salle de bains, qui regroupe plus d’une quarantaine d’adhérents. “Or, le bien-être est un sentiment très personnel ; l’arrivée de nouveaux matériaux dans la salle de bains (les résines douces, le verre, le bois, le béton, etc.), de nouvelles applications (balnéo, hydro, etc.) et de nouvelles techniques (appareils suspendus, objets intégrés au bâti, etc.) fait que les gens ont désormais une entière liberté de création et de conception de leur salle de bains”, dit-elle.
Le bain est aussi vieux que la civilisation puisque presque toutes les cultures anciennes avaient édifié des bains publics et, pour les plus aisés de leurs résidents, des bains privés. Cette notion de bain public ou en commun perdure encore dans nombre de pays alors qu’en France, depuis le Moyen-âge, le bain fut tributaire d’influences religieuses qui ont fait de la salle de bains un endroit caché, parfois obscur (c’est encore d’ailleurs souvent un endroit sans lumière naturelle), fermé à clef, propre à inspirer l’angoisse. Souvenez-vous de la scène du film Shining ou celle de Psychose ; si la salle de bains est un refuge, c’est aussi celui dans lequel on est le plus vulnérable, dénudé.
Les premières salles de bains ‘équipées’, pour reprendre le terme de Jean-Pol Piron, sont venues des Etats-Unis où, inspirée par la prégnance du puritanisme, la fonctionnalité excluait toute sensualité. En Scandinavie, où le rapport à la nudité est moins tabou, les salles de bains sont en revanche, depuis longtemps, moins confinées, ouvertes à des usages multiples au même moment par plusieurs membres de la famille. La France se situe désormais entre ces deux pôles, la douche est généralement fermée mais de plus en plus transparente, la baignoire se taille encore la part du lion mais ses formes comme ses matériaux – certaines sont maintenant en verre (la transparence encore) – invitent à la douceur, visuelle et tactile. La lumière, les couleurs font leur apparition et, depuis une dizaine d’année, les plus grands designers se sont appropriés le lieu.
Produit de luxe quand cette nouvelle liberté est apparue au début des années 90, ces évolutions sont désormais disponibles au grand public. Ainsi, la baignoire signée Philippe Stark est-elle qualifiée de ‘moyenne gamme’, c’est-à-dire à la portée de tous. Même le célèbre architecte Norman Foster, constructeur de tours, s’est plié à l’exercice. Les Français renouvelant leur salle de bains tous les 25 ans environ, la transformation radicale des salles de bains commence seulement à se faire sentir.
D’autant plus que le thème de l’eau est de plus en plus présent, tant en terme de bien-être qu’en terme d’économie. De la douche transformée en fontaine au recyclage de l’eau de douche (réutilisée par la machine à laver puis par les toilettes), les années qui viennent sont prometteuses d’innovations surprenantes. De même avec ces nouveaux matériaux qui semblent tout droit sortis de l’imagination d’auteurs de science-fiction, tel le lavabo mou en polyuréthane qui permet de ne plus se faire mal en se cognant. La salle de bains est en train d’échapper à tous les carcans et à tous les tabous.
Christophe Leray




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