Les façades en béton
Si l’on sait aujourd’hui parfaitement réparer le béton, l’importance du diagnostic est souvent sous-estimée. Comme est sous-estimée la difficulté à réparer le béton brut utilisé avant guerre, un «travail d’orfèvre», selon les spécialistes.
Hors cas exceptionnels, les causes de la dégradation des façades en béton sont connues : mauvaise qualité du béton utilisé après guerre, porosité du béton, position inadéquate de l’armature, développement de champignons et de mousse entre le mur et l’enduit, sensibilité à la pollution et à l’humidité. Combinées, ces deux dernières sources d’agression peuvent se révéler particulièrement néfastes, notamment par le biais des pluies acides qui touchent souvent les grandes villes.
Parmi les autres problèmes qui peuvent survenir, existent également les traces de rouilles, «provenant des armatures en métal, lorsque celles-ci commencent à être mises à nu», explique José Cifuentes, gérant de l’entreprise Bati-Peint à Bondy (93). «Peuvent également se produire des mouvements de terrains ou encore des chocs thermiques chaud/froid», complète Jean-Eric Bosque, de la société France-Façade à Toulouse (31). Par ailleurs, la main de l’homme peut également causer des dégâts : un enduit antérieur mal posé par exemple ou encore des travaux annexes, comme la pose de fenêtres par exemple.
Après avoir ‘pioché’ le revêtement existant, c’est-à-dire la technique qui consiste à enlever complètement l’enduit sur le mur pour le voir tel quel et avant le ravalement proprement dit, le façadier doit souvent se faire maçon. Pour traiter les fissures, il existe plusieurs cas de figures : de la pose d’agrafes à ‘l’entoilage’, «une toile posée sur les plus grosses fissures», selon Jean-Eric Bosque, voire la reconstitution du béton à partir d’un mortier. Le crépi est moins problématique puisqu’il s’agit de repasser une couche du produit.
Ne reste plus qu’à opérer les finitions, une simple peinture d’extérieur lasurée parfois, «à condition que le béton soit parfait», estime José Cifuentes. Sinon, il s’agit de passer un enduit épais ou semi-épais, suivant qu’il s’agisse d’une bâtisse neuve ou ancienne, qui peut être posée sur la façade de manière mécanique – avec un pistolet en une seule fois – ou manuellement. Cette deuxième méthode à la préférence de Jean-Eric Bosque. Même s’il faudra plusieurs couches, «cette méthode de travail permet de créer des effets : talochés, roulés, rustiques ou granulés», qu’il n’est pas facile d’obtenir avec le procédé mécanique.
La pose manuelle se fait surtout pour les crépis ‘traditionnels’, à base de chaux. Il existe toutefois des résines acryliques (les revêtements plastiques épais (RPE) ou semi-épais) prêts à l’emploi et utilisées pour la construction neuve. Dans chaque cas les prix varient en fonction de la quantité et de l’adhérence du produit. A noter qu’un revêtement d’imperméabilisation est indispensable.
Quant à la couleur, celle-ci dépend du contexte architectural de la région, des documents d’urbanisme et de l’avis de l’architecte des Bâtiments de France quand celui-ci est obligatoire. Toutefois, les professionnels ont noté quelques changements de tendance. «Les demandes de couleurs vives, jaunes et roses, très demandées il y a encore quelques années ont complètement disparu», note Jean-Eric Bosque. Pour José Cifuentes, «on est revenu à des couleurs claires, des tons pierres, voire blanc cassé». Bref des teintes qui grisaillent face aux éléments et qui permettent de créer là encore une cohérence.
Un mot pour ce qui concerne les bétons bruts, utilisés dans l’habitat ancien. Dans ce cadre, la qualité de mise en œuvre est impérative car il s’agit d’un «travail d’orfèvre» selon Martine Masson. De fait, ces bétons – utilisés au début du siècle et avant guerre quand le béton était (encore) considéré comme un matériau noble – sont d’une telle qualité qu’ils commencent à peine aujourd’hui à nécessiter réparation. C’est le cas notamment des bétons colorés utilisés par Auguste Perret lors de la reconstruction du Havre.
Là les solutions ne sont pas légions. «Non seulement l’utilisation de produits NF s’impose mais il faut s’adresser à une entreprise spécialisée dans la rénovation de monuments historiques», dit-elle.
Christophe Leray




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