Plan de maison: un loft à Marseille
Trois espaces, deux architectes, un loft. A Marseille, deux mordus d’architecture et de détournement d’objet ont aménagé cet espace de 110 mètres carrés plein d’astuces et de clin d’œil déco. Découverte.
Ne vous fiez pas à l’entrée mal entretenue. Dans cet immeuble de la rue longue des Capucin, en plein sentier marseillais, se cache une petite merveille de déco. Mais il faut gravir les quatre étages d’une cage d’escalier vétuste pour avoir le plaisir de découvrir le loft où Bastien Caillot et Jean-Christophe Luttmann, deux architectes ont posé leurs valises et leur planche à dessin.
Marseille ville loft
Un espace unique et unifié
La première étape des travaux consiste à décloisonner l’espace. “En tout nous avons cassé 6 murs et dégagé 90 mètres cube de gravats” détaille Bastien Caillot. Résultat: un volume continu, en U, s’organisant autour de 3 zones: Entrée/salle à manger, chambre/salle de bains, cuisine/ salon. Pour garder la sensation d’unité de l’espace, la peinture reste blanche sur les murs. Une “anti -déco” revendiquée par les architectes. “Le blanc est souvent synonyme de décoration non aboutie, s’étonne Jean-Christophe Luttman. Les décorateurs en ont peur comme les artistes craignent la feuille blanche. Mais dans un loft attention à la couleur! Il faut que tout s’harmonise.” Couleurs et décoration ont donc été choisies pour s’adapter à un volume très simple avec des lignes droites. Ca et là, des objets hétéroclites viennent toutefois apporter un grain de folie à la déco. Un vieil escalier, un coffre fort ou un pan de mur taggué, unique vestige des anciennes cloisons, trouvent naturellement leur place dans cette immense pièce à vivre.
Trois pièces en une
Vivre dans un espace totalement libre de séparation n’est “pas possible pour tout le monde” s’accordent à dire les deux architectes. Comme alternative au décloisonnement total de leur appartement Jean-Christophe et Bastien ont imaginé un système de cloisons amovibles pratiques… et économique. “Nous avons tout simplement détourné des portes de placards d’une grande marque de distribution et les avons posé sur des roulettes” expliquent-ils. Grâce à ces trois panneaux coulissants, la chambre, la salle à manger et la cuisine peuvent se fermer. Une solution pratique mais qui n’isole pas du bruit… ni du froid. En hiver les propriétaires reconnaissent que la température est un peu fraiche. Le poêle à bois qui alimente l’appartement en chaleur n’est pas à blâmer. C’est du côté de l’isolation que le bas blesse. Malgré la pose de double vitrage et le doublage des murs, les architectes n’ont investi que le budget minimum dans ce point clé de la construction. Un regret léger, car les chauffages électriques à inertie installés dans chaque “zone” assurent tout de même le relai avec le poêle.
Un univers de détournement
Si le chauffage est un point délicat, “c’est le rangement qui a été le vrai problème” insiste Jean-Christophe et Bastien. En effet, la présence d’armoires ou de placards viendrait casser la fluidité des volumes. Les occupants disposent néanmoins d’un atout digne d’un roman d’espionnage: une chambre forte de quelques mètres carrés dissimulée derrière le mur de l’espace salle à manger, souvenir de l’ancienne manufacture. Pratique, cette petite pièce escamotée doit prochainement se transformer en dressing.
Un détournement qui n’est pas le dernier opéré dans le loft. Au sol de la salle de bains réalisée dans l’esthétique vestiaire, une grille de garage sert de gouttière d’écoulement à la douche. Des palettes de stockage en bois, récupérées sur les docks font office de support et de tête de lit dans la chambre, et dans la cuisine, ce sont des portes de placard en verre récupérées au ‘coin affaire’ d’un magasin de meuble qui servent de crédence. Des détournements imaginatifs pour un aménagement ludique et plus économique. “Il faut voir les objets et les espaces d’une façon différente, souligne Bastien Caillot, c’est la même approche que dans l’Art, quand Picasso fabrique un taureau à l’aide d’une selle de vélo et d’un guidon”.
Architecte: une intervention indispensable
Faute de ce type de matériel, nos architectes marseillais aiment quant à eux jouer avec les meubles d’une célèbre grande surface suédoise. Pour preuve: ce grand module de rangement précédant la chambre, bricolé à l’aide deux modèles de la célèbre marque nordique. “Il ne faut pas que les meubles viennent casser l’espace. Il vaut mieux un grand meuble qu’une multitude de petites commodes” explique Jean-Christophe. L’œil de l’architecte ainsi que ses conseils, sont indispensable dans la de réalisation d’un loft. “Dans ce type de projet, les gens ont énormément de mal à se projeter”, témoigne Bastien. Le professionnel est donc là pour donner des solutions techniques mais aussi des astuces d’aménagement. “L’architecte apporte une culture de l’image que le client peut ignorer et qui rend l’intervention souhaitable”. Et quoi de mieux pour s’assurer de cette culture que de visiter le propre loft de votre architecte? Test passé haut la main pour les propriétaires du loft marseillais.
L.G















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