Rénovation & décoration : faites ce qu’il vous plaît
Trois architectes livrent leur analyse des tendances qui ont emergé ces dernières années suite à l’explosion des travaux de rénovation induite par la baisse de la TVA. La créativité est de mise et la rénovation s’est personnalisée.
David Stéphane, architecte d’intérieur au cabinet Jean-Pierre Audebert (60)
“On assiste au retour des matériaux naturels ; on réemploie beaucoup de bois, tout ce qui a un rapport au minéral. Il y a une recherche décorative de matières et de pratiques anciennes. Le côté artificiel a disparu, on n’utilise plus de stratifié noir ou rouge provocants, la tendance est plus douce. On constate une récupération de matériaux ‘naturels’ au sens large de la part des fournisseurs, le chanvre par exemple qui bénéficie d’une image écologique et dont les performances sont bonnes.
Cette tendance amorcée depuis deux ou trois ans s’est intensifiée depuis un an, on le voit aux collections qui nous sont fournies. L’impact écologique a fortement modifié la nature des matériaux employés. Le béton par exemple opère une sorte de retour en grâce, les industriels ayant mis au point des produits qui permettent de modifier son aspect ou de le rendre décoratif. Au-delà du béton, du verre, du bois et autres matériaux, on voit apparaître le bambou et les lièges qui étaient passés de mode.
Enfin, l’art contemporain a disparu et les bureaux sont moins austères que dans les années 80 quand il y avait du noir partout avec un filet de rouge. La sobriété a remplacé l’austérité”.
Francis Martin-Lavigne, architecte et dirigeant du groupement d’artisans Aménager
“Le bois fait un retour en force, surtout les parquets. Les gens en font une fixation. J’essaie de vendre de l’écologie, les gens n’entendent que le bois : parquet, lambris, poutres. Il me faut nuancer cependant. En Province, les gens ont souvent un accès direct à l’extérieur, le carrelage est donc préféré au parquet. A Paris, les parquets ont la préférence. J’essaie de mettre des dallages en pierre, quand on me laisse faire. En fait, si on en parle beaucoup, l’habitat sain ou HQE (haute qualité environnementale) se développe assez peu. On me questionne sur le chanvre ou la peinture écologique mais quand les clients voient que c’est beaucoup plus cher, ils reviennent à des matériaux courants.
Les gens souvent ne savent pas que remplacer une fenêtre ancienne pour mettre un vitrage acoustique induit de nouvelles nuisances. En effet, les anciennes fenêtres étaient de vraies passoires et laissaient passer l’air. Aujourd’hui, les fenêtres sont tellement hermétiques que l’humidité est confinée à l’intérieur. On assiste également à une forte demande de sécurisation dans le cadre des rénovations. La sécurité prime sur le bruit. Il ne s’agit pas forcément de sécurité active, type alarmes qui ne servent à rien, les cambrioleurs sachant les désactiver, mais de sécurité passive, en gros le renforcement des portes et fenêtres. C’est l’occasion de réaliser des travaux d’isolation phonique et thermique, dans le traitement des portes palières par exemple. Je peux citer également une rénovation de bureaux où j’ai dû changer toutes les fenêtres sur rue pour des raisons acoustiques mais aussi toutes les fenêtres sur cour pour des raisons de sécurité.
Un autre élément important de la rénovation de bureaux est tout ce qui concerne l’informatique et l’électricité. Il faut désormais compter de quatre à six prises électriques et au moins deux prises téléphoniques par poste plus une baie de brassage. Un problème non résolu est celui des fauteuils à roulette qui usent les parquets. Il n’y a que les moquettes pour leur résister, c’est la raison pour laquelle les bureaux sont les derniers endroits où l’on en trouve. C’est vrai que dans les équipements publics on pose à nouveau pas mal de linoléum car en dix ans, le prix a été divisé par deux et il existe désormais de très chouettes produits”.
Jacotte Baylet, architecte d’intérieur
“Aujourd’hui, dans le cadre d’une rénovation, on s’applique effectivement à retrouver les matières brutes originales (pierre, bois, brique). On travaille avec le souci d’épurer les choses. On aime à conserver le côté ancien des pièces en y intégrant ensuite les gestes ou le mobilier contemporain tout en gardant l’authenticité des volumes. C’est amusant de retrouver les bases – laisser la marque de l’existant – et d’effectuer la transistion entre une vieille pierre et des matériaux de pointe. Cela offre la possibilité d’être créatif.
On utilise désormais beaucoup de matériaux de synthèse issus de l’architecture qui nous donnent la possibilité de détourner les matières brutes. Auparavant on cachait le béton mais on peut aujourd’hui, grâce aux progrès technologiques, avoir du béton lisse, blanc, ciré, teinté. Par exemple les marchands de peinture offrent des vernis colorés pour le béton. C’est la technologie qui permet de revenir à des matériaux bruts car les fabricants apportent des éléments pour protéger, embellir, vernir aussi bien le béton que l’acier.
Je crois qu’il n’y a plus de mode, il y a des modes. Jacques Garcia fait des choses très remplies, riches et colorées quand d’autres font encore du minimalisme. Il n’y a plus d’effet de mode caricatural comme il y a quelques années. Chaque personnalité s’exprime désormais avec ses propres règles”.
Christophe Leray



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